L’usage de critères biologiques pour définir qui doit pouvoir accéder aux compétitions sportives féminines est fortement décrié au sein des humanités et sciences sociales. Selon un narratif qui s’y est imposé, cet usage serait sous-tendu par des motivations détestables, scientifiquement infondé et globalement délétère. L’un des éléments de ce narratif est l’idée que l’écart de performance qui dans de nombreux sports, suffit à justifier l’existence de compétitions protégeant les « femmes » de la concurrence écrasante des « hommes », loin d’être essentiellement dû à des différences biologiques innées (invoquées pour justifier une définition biologique de la frontière entre ces deux catégories de compétition), pourrait résulter avant tout d’une construction sociale. Pour preuve, l’écart de performance en sprint serait possiblement en train de disparaître.
Un chapitre publié en 2021 au sein d’un ouvrage collectif édité par l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (INSEP), rassemblant des travaux de lauréats d’une bourse de recherche issus d’institutions universitaires, est assez représentatif du narratif qui s’agissant de l’usage de critères biologiques pour réglementer l’accès aux compétitions sportives féminines, s’est imposé depuis une vingtaine d’années dans les humanités et sciences sociales. Intitulé « Le genre de l’avantage physique dans la performance olympique : illustration par les contrôles de sexe imposés aux sportives », ce chapitre est censé « dévoile[r] une généalogie des normes de féminité contemporaine en montrant l’historicité du corps », mais aussi « rendre plus intelligible la complexité des corps genrés et sexués et le caractère indécidable de l’inné et de l’acquis en matière de performance sportive » (Bohuon & Dorlin, 2021, résumé).
La question de ce qui relève de l’inné vs de l’acquis est certes « indécidable » s’il s’agit de savoir ce qui a déterminé la valeur d’une caractéristique mesurée chez un individu, ou en moyenne dans un groupe d’individus, car elle n’a pas de sens [1], mais elle ne l’est pas s’il s’agit de savoir ce qui a déterminé une différence dans les valeurs de cette caractéristique observée entre deux individus ou groupes d’individus donnés [2], même si y répondre de manière précise peut être difficile en pratique. En l’occurrence, si la question de savoir quelle est la part d’inné dans la performance sportive d’une personne, ou dans celle d’un groupe de sexe ou de l’autre, est par construction « indécidable », la question de savoir quelle est la part de responsabilité des différences innées entre femmes et hommes dans une différence de performances sportives observée entre eux à un moment donné ne l’est pas.
Comme l’indiquent les expressions « genre de l’avantage physique » et « historicité du corps » mises en avant dans le titre et le résumé de ce chapitre publié en 2021, il y est suggéré que la réponse à cette question pourrait bien être que les différences de performances actuelles résultent entièrement d’une construction socio-historique, et non des différences (innées) de constitution biologique existant entre femmes et hommes, tout au moins s’agissant des performances en sprint. En effet, les autrices avancent que « des chercheurs s’interrogent sur les fondements historiques et sociaux des résultats inférieurs des sportives », et l’illustrent par ce qui suit :
« Nature a publié en 1992 les résultats d’une étude qui évoque la possibilité que les sportives puissent égaler voire dépasser les hommes à partir de 2050 pour les épreuves de sprint (Whipp et Ward, 1992). Un article, plus récent, toujours dans Nature, datant du 30 septembre 2014, explique comment le fossé des performances entre les femmes et les hommes en sprint, notamment au 100 mètres, est en train de considérablement se réduire et conclut que les femmes pourraient dépasser les hommes en 2156 (Tatem et al. 2014). » (Bohuon & Dorlin, 2021)
Sur l’évolution des écarts de performances observés entre femmes et hommes dans les compétitions sportives, aucun élément n’est donné dans tout le chapitre hormis cette citation de ces deux études publiées dans Nature. Est-ce pertinent ne serait-ce que si l’on ne s’intéresse qu’au sprint, et en particulier au 100 mètres ?
De vieilles prédictions fumeuses…
Il arrive régulièrement que des revues scientifiques généralistes dites prestigieuses, en raison de leur facteur d’impact élevé [3], publient des recherches aux résultats séduisants ou surprenants – et donc susceptibles d’être cités –, mais si mal faites qu’aucune revue spécialisée dans le domaine desdites recherches n’en aurait voulu. Les rubriques dédiées aux lettres ou brefs rapports de recherche sont particulièrement propices à ce genre de publication. C’est ainsi que deux articles publiés dans des rubriques en question de la revue Nature ont particulièrement attiré l’attention, l’un de Brian Whipp et Susan Ward publié en 1992 et l’autre d’Andrew Tatem et collègues publié en 2004 (et non le « 30 septembre 2014 », avec dix ans ajoutés sans doute involontairement, et le jour et le mois précisés sans doute pour faire apparaître cet article comme le « plus récent » possible).
Tous deux suggéraient qu’en course à pied, les meilleures femmes étaient destinées à rattraper les meilleurs hommes et pourraient même les dépasser. Le premier article traitait de distances allant du 200 mètres au marathon, prédisant entre autres une égalisation des records du monde féminin et masculin vers 2050 au 200 mètres, et dès 1998 en marathon. Quant au second, il ne portait que sur le 100 mètres (et non « notamment » sur cette distance), prévoyant que l’écart entre meilleures performances féminines et masculines disparaîtrait juste avant les Jeux olympiques de 2156, puis verrait son sens s’inverser en faveur des femmes.
Une semaine après la publication de l’article de Whipp & Ward, la journaliste scientifique (et essayiste féministe) Natalie Angier lui avait consacré un article plutôt favorable dans le New York Times. Elle y signalait néanmoins que de nombreux spécialistes avaient jugé ridicules les prédictions d’égalisation de Whipp & Ward, et qu’elles avaient été publiées dans la rubrique “correspondance” de la revue, « où sont souvent publiés certains des résultats les plus spéculatifs » (Angier, 1992, ma traduction). De fait, les conclusions de Whipp & Ward (1992) étaient plus que spéculatives, et il en est de même pour Tatem et al. (2004).
En effet, pour faire ces prédictions, ces chercheurs ont tout simplement approximé des (petits) échantillons de résultats passés au moyen d’une régression linéaire, puis fait des projections sur l’avenir lointain en extrapolant les droites obtenues. Prédire l’évolution d’une valeur sans en développer un modèle causal, en se contentant d’extrapoler une courbe sans autre justification que la régularité de la ligne ainsi prolongée, relève déjà de la mauvaise science. Mais c’est véritablement absurde en l’occurrence, car faire l’hypothèse que l’évolution de la vitesse moyenne sur une distance donnée est indéfiniment linéaire (Whipp & Ward) revient à supposer que cette vitesse tend vers l’infini, et faire cette hypothèse de linéarité sur le temps de parcours de la distance (Tatem et al.) revient à supposer qu’il pourrait indéfiniment diminuer, et même devenir négatif (voir fig. 1).

Figure 1 : Modélisation et prédiction de l’évolution des performances par Whipp & Ward en 1992 à gauche et par Tatem et al. en 2004 à droite (graphiques inspirés des figures originales).
Dans ce qui est un cas d’école d’analyse statistique dénuée de sens, car indifférente à la réalité matérielle du phénomène modélisé, Andrew Tatem et ses trois collègues – des chercheurs en démographie, écologie, géostatistique et épidémiologie spécialistes de la transmission des maladies tropicales – présentent ainsi un graphique à l’air très sérieux suggérant qu’aux JO de 2156, les femmes devanceront pour la première fois les hommes en courant le 100 mètres en 8’’079 vs 8’’098 (soit à une vitesse moyenne de plus de 44 km/h !), et qu’à ceux de 2252 elles le courront en environ 6’’5 (à plus de 55 km/h). Confiants dans leurs modèles linéaires, choisis par eux parce qu’ils étaient « l’option la plus simple » et ne s’ajustaient pas significativement moins bien aux données passées que les non-linéaires [4], les auteurs vont jusqu’à préciser que selon les intervalles de confiance à 95% qu’ils ont dûment calculés, le dépassement des hommes par les femmes pourrait advenir « soit dès les JO de 2064, soit pas avant ceux de 2788 » sans égard pour l’impossibilité physique du chrono du point d’intersection dans ce dernier cas.
… moquées y compris dans Nature
Deux mois après la publication de l’article de Whipp & Ward dans la rubrique « Scientific Correspondence », Nature en avait publié trois commentaires dans la même rubrique (« No improvement in runnning? », 1992).
Le premier est d’un physicien qui relève que suivre l’analyse de Whipp & Ward aboutit à une absurdité : si au lieu d’arrêter arbitrairement la droite du marathon au point de rencontre entre records féminins et masculins, on la prolonge aussi loin qu’ils ont prolongé celle du 200 m pour aboutir à leur conclusion que les femmes y rattraperont les hommes vers 2050, on conclut que la détentrice du record du monde féminin du marathon courra alors plus vite pendant quarante-deux kilomètres que celle du record du monde féminin pendant 800 m… Selon lui, la progression pour l’instant plus rapide des performances des femmes peut s’expliquer simplement par le fait que la course à pied féminine est un sport relativement jeune : le passage d’un petit nombre de coureuses à un échantillon plus représentatif de la population accélère la progression, mais au bout d’un temps la vitesse de progression devrait s’aligner sur celle des performances masculines. Cela explique aussi le fait que c’est en marathon que les performances féminines s’améliorent le plus vite, car ce n’est que relativement récemment qu’on a jugé que les femmes pouvaient s’attaquer à cette distance.
Dans le second commentaire, un statisticien de la Fédération suédoise d’athlétisme affirme que l’image donnée par Whipp & Ward de performances féminines « progressant à pas de géant » diffère nettement de la réalité. En marathon, par exemple, leur approximation linéaire indique que le record féminin sera amélioré de vingt minutes d’ici à six ans, or il n’a pas été amélioré de plus d’une seconde au cours des sept dernières années, note-t-il. Le niveau des coureuses féminines a même décliné ces dernières années, comme par exemple au 1500 mètres : selon lui, les performances qui ne conféraient que les 50e et 100e places en 1984 suffisaient en 1989 pour être 16e et 46e respectivement, et au cours des trois dernières années aucune femme n’a approché à moins de six secondes le record du monde féminin, qui date de 1980. Le niveau des coureurs étant quant à lui relativement stable, l’écart entre femmes et hommes augmente donc plutôt, « contrairement à ce que prétendent Whipp & Ward ».
Quant au troisième commentaire, qui semble pince-sans-rire, un chercheur en cardiologie y note qu’à en croire les prédictions de Whipp & Ward, à partir de 2000 il deviendra avantageux pour une femme de se déguiser en homme pour obtenir une médaille en marathon, cet avantage s’étendant ensuite aux distances de plus en plus courtes, et que les instances sportives vont donc devoir faire face à de nouveaux problèmes en matière de tests de sexe. Il recommande de cesser de faire deux compétitions séparées à partir de 2050 dans toutes les courses de 200 mètre et plus, ce qui réglera le problème épineux des tests de sexe.
En 2004, Nature avait de même publié quatre commentaires de l’article de Tatem et collègues peu après sa publication, tous critiques, auxquels ces derniers n’avaient répondu que par une pirouette et en concluant que l’avenir dirait si l’écart entre femmes et hommes allait continuer ou non à se réduire.
Dans le premier commentaire, une sauteuse en hauteur rapporte d’abord que cet article a été accueilli avec hilarité dans le monde sportif (Reinboud, 2004). Elle souligne aussi et surtout qu’il est très critiquable à la fois pour l’échantillon de données utilisé et pour la logique sous-jacente à leur modélisation. En effet, en prenant les dix meilleures performances annuelles au lieu du seul meilleur temps de chaque JO, ce qui permet de multiplier par quarante la taille de l’échantillon sur la même période, on voit bien que l’évolution des performances aux JO n’est pas linéaire. Selon elle, de même que les performances augmentent de manière non linéaire avec l’augmentation des entrainements, le sport dans son ensemble progresse de façon non linéaire. Si l’on conclut que la progression est linéaire, c’est que quelque chose ne va pas. Pour elle, le plus probable est que le graphique censément linéaire est en fait constitué de plusieurs parties non linéaires, par exemple une correspondant à la période durant laquelle les athlètes se sont entraînées de plus en plus intensément, une durant laquelle elles ont atteint un plafond en termes de nombre d’entraînements par semaine (vers 1980 selon elle), une correspondant au moment où les dopées ont été exclues, etc.
Dans un court texte à l’ironie mordante, un biostatisticien feint dans le deuxième commentaire de regretter que les auteurs aient omis de signaler qu’en 2636, une course encore plus intéressante devrait se dérouler, si l’on suit leur analyse, car ce sera la première avec un chrono négatif. D’ici là, « les auteurs souhaiteront peut-être aborder les défis évidents que cela pose tant pour le chronométrage que pour l’enseignement des statistiques élémentaires » (Rice, 2004, ma traduction).
Bien que moins méchant, le troisième commentaire commence cruellement par : « Nous sommes lycéens au Texas, âgés de 16 à 18 ans. Notre professeure de biologie […] nous a demandé de commenter l’article » (Advanced Placement Biology Class, 2004, ma traduction). Il souligne que comme Whipp & Ward avant eux, Tatem et collègues ont fait la bêtise d’extrapoler sur la longue durée les résultats d’une régression linéaire faite sur des données couvrant une période relativement courte, et que l’égalisation en 1998 au marathon annoncée par Whipp & Ward en utilisant cette méthode n’a d’ailleurs toujours pas eu lieu. Outre que la profondeur temporelle des données féminines utilisées par Tatem et collègues est trop faible pour éliminer la possibilité que les femmes soient en train d’atteindre un plateau, le ralentissement de l’accroissement du nombre de femmes qui courent va probablement ralentir la diminution de l’écart de performance entre les sexes, et la performance des femmes comme celle des hommes pourrait atteindre une limite physiologique. Bref, selon ces lycéens dont Nature a jugé que les commentaires valaient d’être publiés, ce qui est assez exceptionnel pour être souligné, ces prédictions faites par simple extrapolation linéaire sont pour le moins douteuses.
Plus respectueux d’une certaine confraternité d’usage entre chercheurs (on évite en principe l’ironie et le mépris), le quatrième commentaire est signé d’un chercheur en sciences du sport (Sharp, 2004). Il note que Tatem et collègues font bien de souligner que seule une minorité de femmes a pour l’instant eu l’opportunité de participer aux compétitions, ce qui fait que si la Chine et l’Inde investissaient plus résolument l’athlétisme, des records féminins pourraient bien exploser (ainsi que des records masculins). Néanmoins, selon lui il restera probablement dans toutes les courses un écart de 7 à 10 % en faveur des hommes, « biologiquement avantagés ». Il signale aussi que selon une étude menée par un physiologiste du sport, l’écart entre les records mondiaux féminins et masculins a en réalité en moyenne augmenté depuis 1989, plutôt que diminué. Comme le montre l’évolution de l’écart entre meilleurs hommes et meilleures femmes au 100 mètres sur laquelle nous allons maintenant nous pencher, c’est exact pour ce qui est de la période 1989-2004, mais ce n’est pas tout.
Évolution de l’écart entre meilleures femmes et meilleurs hommes au 100 mètres
L’écart entre les records du monde, tout d’abord, s’est effondré pendant les décennies 1970 et 1980 (fig. 2). En effet, pendant cette période de fort développement du sport féminin – et durant laquelle le dopage aux stéroïdes anabolisants s’est répandu –, le record féminin est monté en flèche alors que le record masculin n’augmentait que très lentement. L’écart de performance calculé en prenant pour référence la performance féminine – dans ce cas calculé entre les vitesses moyennes et non entre les chronos, comme il se doit à mon sens [5] – est ainsi passé de +11.4 % en 1968 à seulement +5.7 % en 1988, avec la performance hors-norme de Florence Griffith-Joyner (10’’49, soit 34.3 km/h).
Ce record féminin réalisé peu avant la mise en place des contrôles anti-dopage hors compétitions, qui ont rendu le dopage plus difficile, n’a jamais été égalé depuis ni a fortiori amélioré. Depuis 1988, l’écart en faveur des hommes n’a donc fait qu’augmenter sous l’effet de l’amélioration du record masculin. Il s’est figé à +9.5 % depuis qu’en 2009, Usain Bolt a établi son record lui aussi hors d’atteinte à ce jour (9’’58, soit 37.6 km/h).

Figure 2 : Records féminins et masculins homologués au 100 mètres exprimés en vitesse moyenne (axe de gauche) et écart entre les deux exprimé en pourcentage du féminin (axe de droite). Source des données : worldathletics.com au 01/10/2025.
L’écart entre les meilleures performances annuelles féminines et masculines, toujours en défaveur des premières, ne présente pas non plus de tendance globale à la diminution sur les cinquante dernières années (fig.3). Après avoir baissé jusqu’à la fin des années 1980, il est reparti tendanciellement à la hausse et a culminé au cours des années pendant lesquelles Asafa Powell, Tyson Gay et Usain Bolt ont fait atteindre des sommets aux performances masculines, avant de redescendre à peu près au même niveau qu’au milieu des années 1970. Plus précisément, il oscille sur la période 1976-2025 entre un minimum de +5.75 % en 1988 (du fait de la performance extraordinaire de Florence Griffith-Joyner) et un maximum de +11.81 % en 2007 (du fait d’un record masculin établi par Asafa Powell combiné à une petite baisse du côté féminin). Depuis 1989, cet écart n’est jamais repassé sous le seuil de +8 %, touché en 1998 grâce à Marion Jones et en 2021 grâce à Elaine Thompson-Herah, et sa valeur moyenne sur trente-cinq ans de 1991 à 2025 est de +9.7 %.

Figure 3 : Meilleure performance annuelle de chaque sexe enregistrée par World Athletics au 100 mètres durant les cinquante dernières années (axe de gauche) et écart entre les deux en pourcentage de la performance féminine (axe de droite). Lecture : la meilleure performance annuelle masculine a été supérieure à la meilleure féminine de 9.4 % en 1976 (premier point de la courbe des écarts à gauche) et de 9.6 % en 2024 (avant-dernier point à droite). Source des données : https://worldathletics.org/records/all-time-toplists au 01/10/2025.
La représentation des trois cents meilleures performances annuelles de chaque catégorie de sexe met en évidence une conséquence pratique de cet écart : au 100 mètres, aucune femme n’a jamais été en mesure de rivaliser avec les meilleurs hommes de son temps dans des compétitions de haut niveau, aucune n’atteignant même la performance masculine minimale conservée dans la liste des meilleures de tous les temps publiée par World Athletics (fig.4).

Figure 4 : Les trois cents meilleurs chronos annuels de chaque catégorie de sexe au 100 mètres, enregistrés seulement si ≤ 10.3 secondes pour les hommes et si ≤ 11.5 secondes pour les femmes. NB : le sens de l’axe des ordonnées est inversé pour faire apparaître un chrono d’autant plus haut qu’il est bon, en phase avec l’association intuitive entre « meilleur » (top) et « haut ». Source des données : https://worldathletics.org/records/all-time-toplists au 01/10/2025.
Au passage, ce graphique met aussi en évidence les anomalies statistiques que constituent les athlètes responsables des valeurs extrêmes représentées dans la figure 3. Chez les hommes se détache ainsi un nuage de points formé de 2006 à 2012 par les Jamaïcains Usain Bolt et Asafa Powell avec l’Etats-unien Tyson Gay, incluant les deux meilleures performances de tous les temps réalisées en 2009 et 2012 par Bolt – qui contrairement à Powell et à Gay, n’a jamais été pris en défaut par un contrôle anti-dopage [6]. Chez les femmes, se détachent notamment les quatre meilleures performances de 1988 réalisées par l’Etats-Unienne Florence Griffith-Joyner, la meilleure de 1998 par l’Etats-Unienne Marion Jones (autrice cette année-là de seize des vingt meilleures et de cinq des six meilleures l’année suivante) et la deuxième meilleure de tous les temps réalisée en 2021 par la Jamaïcaine Elaine Thompson-Herah.
Notons aussi au passage qu’aucune de ces trois athlètes féminines ayant momentanément resserré l’écart avec les hommes n’a vu son sexe mis en doute. Des soupçons de dopage pèsent en revanche en premier lieu sur Florence Griffith-Joyner : des modifications étonnantes et à un âge avancé de son corps ont tout d’abord alimenté ces soupçons, renforcés par ses performances phénoménales, son arrêt de l’athlétisme peu après la mise en place des contrôles anti-dopage hors compétitions ainsi que sa mort naturelle à trente-huit ans n’ont rien arrangé, et la grande longévité de son record malgré l’amélioration du matériel et de la préparation des athlètes intervenue depuis est également suspecte. Quant à Marion Jones, longtemps soupçonnée, elle a fini par avouer avoir pris un stéroïde anabolisant combiné à des hormones de croissance et de l’EPO (mais seulement à partir de septembre 2000, ce qui fait que ses performances antérieures sont restées enregistrées).
On remarque également sur la figure 4 ci-dessus que l’écart entre le minimum et le maximum des trois cents meilleures performances annuelles féminines, bien qu’il se soit resserré au fil du temps, reste un peu plus large que son équivalent masculin car aujourd’hui encore, il y a un peu moins de femmes aux plus hauts niveaux féminins que d’hommes aux plus hauts niveaux masculins. Cela pourrait indiquer qu’un recrutement sous-optimal chez les femmes contribue au maintien de l’écart entre les records féminins et masculins, mais rien n’atteste par ailleurs d’un tel lien de causalité. A contrario, on remarque que cet écart n’est pas plus petit fin 2025 que cinquante ans plus tôt malgré l’augmentation importante de la participation des femmes.
Des écarts de performance conséquents grossièrement stabilisés depuis plusieurs décennies
A moins de choisir arbitrairement de ne considérer que la réduction de l’écart entre meilleures performances annuelles au 100 mètres survenue entre fin 2007 et mi-2021, il était impossible de soutenir en 2021 que l’écart de performances entre les meilleures femmes et les meilleurs hommes au 100 mètres était en train de « considérablement se réduire » tout en appuyant cette affirmation uniquement sur des références scientifiques antérieures à cette période, et dont les prédictions étaient démenties par les données réelles de 2007 à 2021.
Loin de suggérer qu’en sprint, « notamment » au 100 mètres, « les femmes pourraient dépasser les hommes » dans les décennies à venir, l’historique des meilleures performances de chaque catégorie de sexe suggère plutôt une stabilisation grossière de l’écart entre la vitesse de course des meilleures femmes et celle des meilleurs hommes aux environs de +9.5 % au 100 mètres, sous l’hypothèse que les variations à la baisse ou à la hausse causées par la présence contingente d’athlètes exceptionnels, ou de méthodes de dopage non détectées particulièrement efficaces, se compensent en moyenne entre celles favorisant les femmes et celles favorisant les hommes – à moins bien-sûr d’un changement drastique de la composition de la catégorie « femmes » pour y inclure à l’avenir des personnes aujourd’hui incluses dans la catégorie « hommes ».
En course à pied, le constat que la dynamique de réduction rapide de l’écart entre les meilleures performances féminines et masculines a pris fin, et que cet écart semble tendre vers un minimum incompressible ou l’avoir déjà atteint dans certaines disciplines, ne se limite pas au 100 mètres et n’est pas récent. En analysant les cinquante meilleures performances de chaque sexe de 1980 à 1996 au 1500 mètres et au marathon, Sparling et al. (1998) avaient ainsi estimé que l’écart était stabilisé, et que sur ces deux distances les meilleurs hommes étaient plus rapides que les meilleures femmes d’environ 11 % (de 10 à 12 %).
Critiquant l’emploi par Whipp & Ward (1992) et Tatem et al. (2004) de modèles linéaires impliquant une progression à l’infini des performances, Nevill et al. (2005) avaient proposé des modèles non linéaires davantage défendables biologiquement et les avaient ajustés à l’évolution, tout au long du vingtième siècle, des records du monde masculins et féminins au 800 mètres et au 1500 mètres. Sur la base de ces modèles impliquant l’atteinte de limites de performance, selon leur estimation maximale desdites limites les hommes seraient à terme plus rapides de 11.7 % au 800 m et de 13.6 % au 1500 m [7].
Selon Cheuvront et al. (2005), la stabilisation concernait toutes les courses à pied du 100 m au marathon, avec une moyenne sur l’ensemble de ces distances égale à environ -10 % en temps de parcours, ce qui correspond à environ +11 % en vitesse. Raisonnant à partir de données disponibles sur des paramètres anatomo-physiologiques ayant un impact (variable selon la longueur de course) sur les performances, ces auteurs concluaient que les différences de constitution biologique existant entre femmes et hommes paraissaient être la meilleure explication des écarts de performances persistant entre eux dans les courses allant du 100 mètres au marathon.
Au-delà de la course à pied, Seiler et al. (2007) avaient remarqué que l’écart de performances en natation et en patinage de vitesse, ainsi qu’en course à pied, avait non seulement cessé de se réduire, mais avait même augmenté entre le milieu des années 1990 et 2005, comme on peut le voir dans l’exemple du 100 mètres que j’ai détaillé plus haut (fig. 2 et fig.3).
Thibault et al. (2010) avaient quant à eux soutenu qu’à fin 2008, l’écart s’était stabilisé en natation, en patinage de vitesse, en cyclisme sur piste et en athlétisme dans toutes les épreuves olympiques identiques pour les deux sexes, hormis dans trois dont l’inscription au programme olympique féminin était encore relativement récente. Ils relevaient de même qu’en haltérophilie, la stabilisation n’était pas encore atteinte car le développement de la pratique féminine était alors relativement récent (les premiers championnats du monde féminins ont eu lieu en 1987, et les premiers JO féminins en 1992), ce qui fait que les records féminins progressaient encore alors que les masculins avaient manifestement déjà atteint un plafond. Désormais les records du monde féminins en haltérophilie ont manifestement eux aussi atteint un plafond (fig.5).

Figure 5 : Records du monde officiels, pour les périodes 1998-2014 et 2018-2025, des catégories de poids plafonnées de chaque sexe reconnues ces années-là (la fédération internationale d’haltérophilie restructure périodiquement ses catégories de poids). Le record de la catégorie « moins de N kg » est positionné par convention à la valeur N de l’axe des abscisses. Total soulevé = poids soulevé à l’arraché + poids soulevé à l’épaulé-jeté. Source des données : www.iwf.net le 23/06/2015 pour fin 2014 et https://iwf.sport le 17/01/2026 pour fin 2025.
Les multiples prédictions de stabilisation des écarts en faveur des hommes à un niveau élevé en course à pied sur les distances allant du 100 m au marathon ont jusqu’à ce jour été globalement confortées par les faits. Dans toutes ces disciplines, à fin 2025 les records du mondes masculins restaient supérieurs d’au moins 9.5 % aux féminins, et les écarts ont été tels en 2025 que sur chacune de ces distances, la femme la plus rapide du monde a couru moins vite que des centaines, voire des milliers d’athlètes masculins de son temps (fig. 6).

Figure 6 : Meilleures performances mondiales féminines et masculines en 2025 (exprimées en km/h), écart exprimé en pourcentage de la féminine et nombre d’hommes ayant enregistré en 2025 une performance supérieure à la meilleure féminine de 2025 dans une sélection représentative des courses allant du 100 mètres au marathon. NB : pour le sprint, seules les performances établies dans les conditions de vent acceptées par World Athletics sont prises en compte. *En marathon, les meilleures performances féminines réalisées en courses mixtes ne correspondent pas stricto sensu aux performances des femmes en tant que groupe, car les meilleures femmes bénéficient alors de la présence de meneurs d’allure, ainsi que de groupes de concurrents de haut niveau créant un abri aérodynamique, qui seraient absents s’il n’y avait que des femmes. Source des données : https://worldathletics.org/records/toplists et https://worldathletics.org/records/by-category/world-records le 15/01/2026.
Un argument faussement scientifique
Elizabeth Ferris, ex-plongeuse olympique devenue médecin et figure de proue de la critique des tests de féminité pour l’accès aux compétition sportives féminines à partir de la fin des années 1970, avait déjà utilisé les prédictions d’égalisation faites par Whipp & Ward (1992) dans l’un de ses plaidoyers contre lesdits tests, aux côtés de celles de Dyer (1977) obtenues selon la même méthodologie plus que critiquable (Ferris, 1992).
Dans la deuxième édition de son livre Myths of gender, la biologiste et critique de la naturalisation du genre Anne Fausto-Sterling avait utilisé ces mêmes prédictions faites par Whipp & Ward (1992) pour appuyer son idée qu’en l’absence de parfaite égalité sociale entre les groupes de sexes, on ne pouvait être sûr qu’une différence observée entre eux était « absolue » (Fausto-Sterling, 1992, p.269). En effet, selon « une publication récente dans la revue Nature », des chercheurs de UCLA prédisaient que les femmes pourraient courir le marathon aussi vite que les hommes d’ici à 1998 et que les différences entre les sexes dans toutes les courses pourraient disparaître d’ici à 2050, seule la possibilité qu’un « faible écart » de performance subsiste entre eux à terme n’étant semble-t-il envisageable (ibid.) [8].
Plus de vingt ans après l’échéance de 1998 [9], le fait que l’égalisation au marathon prédite par Whipp & Ward (1992) n’ait toujours pas eu lieu n’a pas empêché d’autres autrices de continuer à utiliser cet article pour soutenir la même idée que Fausto-Sterling en 1992, en choisissant simplement de ne mentionner que la prédiction concernant 2050 étant donné que celle pour 1998 ne tenait plus. Le fait que l’évolution réelle des performances ait d’ores et déjà démenti toutes les prédictions de Whipp & Ward (1992) et de Tatem et al. (2004), sans parler de l’existence de commentaires critiques assassins publiés dans la même revue ni plus largement de la littérature scientifique contredisant ces deux articles, n’a pas non plus été un obstacle.
Il semble que parfois, dès lors qu’une conclusion publiée dans un article scientifique va dans le sens de ce qu’on a envie de croire et de ce qu’on souhaite défendre, peu importe la qualité de l’étude et peu importent les autres articles scientifiques et les faits qui ne vont pas dans le même sens : il suffit de se focaliser sur cette conclusion en ignorant le reste et de la présenter comme solide. Dans ce cadre, signaler le nom prestigieux de la revue dans laquelle ces deux articles ont été publiés est un moyen de leur conférer une aura d’autorité scientifique – un procédé hélas fréquent dans la vulgarisation –, mais cette autorité est en réalité inexistante.
Si l’on entend soutenir qu’on ne sait pas grand-chose de ce qui cause les écarts actuels entre les meilleures performances sportives féminines et les masculines, dans des sports où celles des hommes sont nettement supérieures et pour lesquelles des compétitions féminines de niveau mondial sont organisées depuis plus de trente ans – contre toute évidence à mon sens, au vu de la masse de données et d’analyses disponibles à ce sujet [10] –, s’appuyer pour ce faire sur de vieilles prédictions fumeuses et définitivement contredites n’est assurément pas scientifiquement recevable.
Odile Fillod
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Notes
[1] Une analogie proposée par la physicienne et philosophe des sciences Evelyn Fox Keller éclaire ce point : si une personne tient un tuyau d’arrosage en dirigeant plus ou moins bien le jet vers un seau tandis qu’une autre ouvre plus ou moins grand le robinet sur lequel le tuyau est branché, on ne saurait attribuer à chacune une part de responsabilité dans la quantité d’eau présente dans le seau. Poser cette question n’a pas de sens. Considérer un ensemble de seaux ainsi remplis, mesurer la quantité d’eau présente au total dans l’ensemble (ou la quantité moyenne par seau, ce qui revient au même) et se demander quelle est la part attribuable à la direction des tuyaux vs au débit d’eau dans ceux-ci n’a pas davantage de sens.
[2] Pour filer l’analogie proposée par Evelyn Fox Keller, et pour prendre un cas simple, mettons que les directions et débits d’eau des tuyaux soient fixes, et qu’on observe que le débit d’eau en sortie du tuyau alimentant un seau n°1 est 9 % supérieur à celui du tuyau alimentant un seau n°2. Si on trouve 10 % plus d’eau dans le premier seau, il n’est pas nécessaire de savoir comment les tuyaux sont dirigés pour conclure que 90 % de la différence de quantité d’eau entre ces seaux est due à la différence de débit entre les tuyaux.
[3] Chaque année, l’entreprise Clarivate calcule le facteur d’impact (FI) des plus de 22 000 revues scientifiques qu’elle indexe dans la Core Collection de sa base de données, le Web of Science, et le publie dans son Journal Citation Report. Le FI d’une revue indexée est égal au nombre moyen de fois que durant l’année N, les articles publiés en N-1 et N-2 dans cette revue ont été cités dans une revue indexée (la même ou une autre). Ainsi, une revue scientifique de la Core Collection dont le FI de 2025 est égal à 4.5 a vu les articles qu’elle a publiés en 2023 et 2024 cités en moyenne dans 4.5 articles publiés en 2025 dans une revue scientifique indexée dans la Core Collection. Nature et Science, avec leurs FI de 2025 respectivement égaux à 56.1 et 47.3, sont les deux revues scientifiques généralistes à plus haut FI. Initialement conçu pour aider les bibliothèques universitaires à décider quelles revues référencer, le facteur d’impact est un indicateur de l’intérêt qu’une revue suscite au sein de la communauté scientifique mais contrairement à une croyance répandue, un facteur d’impact élevé ne garantit en rien la qualité de tout ce qu’elle publie.
[4] Les auteurs le précisent dans les données supplémentaires en ligne, où l’on apprend que les modèles cubiques avaient un r2 égal à 0.90 pour les hommes et 0.84 pour les femmes vs 0.88 et 0.79 respectivement pour les modèles linéaires. Il n’est pas étonnant que les différences entre ces r2 ne soient pas statistiquement significatives étant donné la très petite taille des échantillons, et cela ne justifiait en aucun cas de choisir ces modèles linéaires absurdes. Ce type de mésusage des statistiques n’est hélas pas rare dans la littérature scientifique.
[5] Il semble nécessaire de rappeler qu’exprimé en pourcentage, l’écart entre deux valeurs n’est pas le même s’il est rapporté à la première ou à la deuxième valeur, ce qui fait qu’il n’est pas correct de parler d’un « écart entre les sexes égal à x % » sans préciser son mode de calcul ni même donner le signe (+ ou -) de x. Par ailleurs, l’écart en pourcentage n’est pas le même si on le calcule entre deux temps de parcours d’une distance ou si on le fait entre les deux vitesses moyennes correspondantes, or dans le premier cas on obtient un pourcentage dont le sens est trompeur s’il s’agit d’estimer un écart de performance, car le temps de parcours varie en sens inverse de celle-ci. Ainsi, par exemple, si on choisit de prendre pour référence le record féminin, s’il est en temps de TF = 10 s au 100 mètres, soit une vitesse moyenne VF = 10.000 m/s, et si le record masculin est de TM = 9 s, soit VM = 11.111 m/s, alors (TM – TF)/ TF = -1/10 = -10.00 % signifie que le temps de parcours correspondant au record masculin est 10.00 % inférieur à celui du record féminin, or ce qu’on aimerait savoir ici est de combien la performance masculine est supérieure à la féminine, autrement dit de quel pourcentage la performance féminine devrait être améliorée pour atteindre la masculine. C’est ce que donne le calcul (VM – VF)/ VF =1.111/10.000 = +11.11 %, qui signifie que le recordman a été 11.11 % plus rapide que la recordwoman. Si on choisit de prendre pour référence le record masculin, on calcule (VF – VM)/ VM =-1.111/11.111 = – 10.00 %, qui signifie que la recordwoman a été 10.00% moins rapide que le recordman. Il est aisé de montrer que (VM – VF)/ VF = (TF – TM)/ TM, c’est-à-dire que pour obtenir l’écart entre les vitesses en pourcentage de la vitesse féminine, on peut aussi calculer l’écart entre les temps en pourcentage du temps masculin.
[6] En 2013 Asafa Powell a été contrôlé positif au même produit stimulant que sa compatriote Sherone Simpson, autrice des sept meilleures performances féminines de 2006 et de la sixième de 2008, et Tyson Gay l’a été à un stéroïde anabolisant également en 2013.
[7] Les valeurs maximales des pics de performance prédits par leurs modèles étaient au 800 m de 8.000 m/s pour les hommes vs 7.165 m/s pour les femmes (+ 11.7 %), et au 1500 m de 7.384 m/s vs 6.498 m/s (+ 13,6 %). Vingt ans plus tard, les records du monde ont fini par dépasser ces maximum prévus, mais les faits ont confirmé leur prévision du maintien d’un écart important entre les records féminins et masculins ainsi que l’ordre de grandeur de cet écart.
[8] « In chapter 7 I argued both that there are very few absolute sex differences and that without complete social equality we cannot know for sure what they are. A recent publication in the journal Nature supports my claim. Not surprisingly the report warranted neither front-page coverage in the New York Times nor any recognition whatsoever in the “News” section of Science. Drs. Brian Whipp and Susan Ward of UCLA […] predict women could do as well as men in the marathon by the year 1998 and that sex differences in all running events would disappear by the year 2050.24 (In the marathon, for example, since 1955 women’s times have improved by 61 percent compared to 18 percent for men.) Women runners responded positively to the report, while many male athletes and trainers simply dismissed it as impossible. […] It is, of course, possible that the rate of improvement for women will level off and a narrow gap in performance will remain. Time will tell. But the report illustrates my point: Bodies, minds, and cultures interact in such complex and profound ways that we cannot strip them down and compare them separately. Only as the separate cultures of men and women become more alike [a specter that horrifies many] will we be able to assess the possibility of unalterable sex differences.». La note n°24 à laquelle Fausto-Sterling renvoie dans ce passage contient la référence de l’article de Whipp & Ward et celle de celui de Natalie Angier.
[9] Le chapitre d’ouvrage d’Anaïs Bohuon et Elsa Dorlin dont j’ai extrait une citation plus haut, publié en 2021, cite des événements postérieurs à l’été 2019 et a donc été rédigé plus de vingt ans après 1998.
[10] Le présent billet n’ayant pas vocation à présenter une synthèse structurée de la littérature scientifique correspondante, je m’en tiens là pour l’instant.
Références citées
– Advanced Placement Biology Class (11/11/2004) « Biology students find holes in gap study », Nature, vol.433, p.147
– Natalie ANGIER (07/01/1992) « 2 experts say women who run may overtake men », New York Times, p. C3, en ligne sur www.nytimes.com/1992/01/07/science/2-experts-say-women-who-run-may-overtake-men.html
– Anaïs BOHUON & Elsa DORLIN (2021) « Le genre de l’avantage physique dans la performance olympique : illustration par les contrôles de sexe imposés aux sportives », in Chanavat et al. (dir.), Les défis de l’olympisme, entre héritage et innovation, INSEP-Editions, p.91-104, en ligne sur https://books.openedition.org/insep/3706.
– Samuel N. CHEUVRONT, Robert CARTER, Keith C. DERUISSEAU & Robert J. MOFFATT (2005) « Running performance differences between men and women: an update », Sports Medicine, vol.35(12), p.1017-1024
– N.C. Craig SHARP (11/11/2004) « Mind the gap: women racers are falling behind », Nature, vol.433, p.147
– Kenneth DYER (1977) « The trend of the male–female performance differential in athletics, swimming and cycling 1948–76 », Journal of Biosocial Science, Vol.9(3), p.325-338 [« if the changes between 1948 and 1976 are maintained, average female performance will equal that of males for all events currently competed in by both sexes in these sports at some time during the next century »]
– Anne FAUSTO-STERLING (1992), Myths of gender, 2e édition révisée, Basic Books.
– Elizabeth A. FERRIS (1992) « Gender verification testing in sport », British Medical Bulletin, vol.48(3), p.683-697
– Alan M. NEVILL & Gregory WHYTE (2005) « Are there limits to running world records? », Medicine & Science in Sports & Exercise, vol.37(10), p. 1785-1788
– « No improvement in running? » (05/03/1992), Nature, vol.356, p.21
– Weia REINBOUD (11/11/2004) « Linear models can’t keep up with sport gender gap », Nature, vol.433, p.147
– Kenneth RICE (11/11/2004) « Sprint research runs into a credibility gap », Nature, vol.433, p.147
– Stephen SEILER, Jos J. DE KONING & Carl FOSTER (2007) « The fall and rise of the gender difference in elite anaerobic performance 1952-2006 », Medicine & Science in Sports & Exercice, vol.39(3), p. 534-540
– Phillip B. SPARLING, Elizabeth M. O’DONNEL & Teresa K. SNOW (1998) « The gender difference in distance running performance has plateaued: an analysis of world rankings from 1980 to 1996 », Medicine & Science in Sports & Exercise, vol.30(12), p.1725-1729
– Andrew TATEM, Carlos GUERRA , Peter ATKINSON & Simon HAY (30/09/2004) « Momentous sprint at the 2156 Olympics? », Nature, vol.431, p.525 [rubrique « Brief communications »]
– Valérie THIBAULT, Marion GUILLAUME […] & Jean-François TOUSSAINT (2010) « Women and men in sport performance: the gender gap has not evolved since 1983 », Journal of Sports Science & Medicine, vol.9(2), p.214-223
– Brian J. WHIPP & Susan A. WARD (01/01/1992) « Will women soon outrun men? », Nature, vol.355, p.25