J’ai
récemment publié un billet sur l’un des mythes savants mobilisés dans la littérature qui critique la délimitation biologique de la catégorie « femmes » en sport. Ce n’était qu’un début, car cette littérature abonde en contenus problématiques sur lesquels j’entends revenir. Mais avant de poursuivre, il me paraît nécessaire d’expliquer d’où je parle, le projet dans lequel s’inscrivent mes recherches et publications sur ce sujet et ce qui me motive à faire ce travail.
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L’usage de critères biologiques pour définir qui doit pouvoir accéder aux compétitions sportives féminines est fortement décrié au sein des humanités et sciences sociales. Selon un narratif qui s’y est imposé, cet usage serait sous-tendu par des motivations détestables, scientifiquement infondé et globalement délétère. L’un des éléments de ce narratif est l’idée que l’écart de performance qui dans de nombreux sports, suffit à justifier l’existence de compétitions protégeant les « femmes » de la concurrence écrasante des « hommes », loin d’être essentiellement dû à des différences biologiques innées (invoquées pour justifier une définition biologique de la frontière entre ces deux catégories de compétition), pourrait résulter avant tout d’une construction sociale. Pour preuve, l’écart de performance en sprint serait possiblement en train de disparaître.
Dans un talk TEDx de 2014, Franck Ramus présente comme établies deux différences précoces entre garçons et filles, l’une comportementale et présente dès la naissance, l’autre de capacités cognitives présente dès l’âge de 3 à 5 mois. En réaction à un billet dans lequel je note qu’il admet lui-même aujourd’hui qu’on ne sait pas si ces différences existent, ce qui implique par définition qu’elles n’étaient pas établies en 2014, Franck Ramus use de forts mauvais arguments pour se dépêtrer de ma critique factuelle et au-delà, pour tenter de me discréditer en entretenant un malentendu sur la nature de mes écrits. J’ai bien peur que ce faisant, il ait aggravé son cas.
Le directeur de recherche en sociologie Laurent Mucchielli a publié sur son blog un texte dénonçant la médiocrité médiatique et les intérêts pharmaceutiques se cachant selon lui « derrière la polémique Raoult ». Ce texte ayant participé à la désinformation et au complotisme délétères provoqués par les déclarations de Didier Raoult, pâtissant d’un fort biais de confirmation et d’une absence de vérification des informations, m’a d’autant moins laissée indifférente que j’y suis citée. Ma réponse à cette mise en cause me donne l’occasion d’exposer les faits qui sont au cœur de ce qu’il convient plutôt d’appeler l’affaire Raoult.
Suite de l’examen des éléments mis en avant dans Le Point par Jacques Balthazart à l’appui de la théorie de la « différenciation sexuelle » du comportement humain qu’il promeut. Dans cette seconde partie, il sera question de son invocation de l’existence chez l’humain d’une « bonne dizaine de noyaux sexuellement différenciés » visibles uniquement post-mortem sur des coupes histologiques. Ce sujet mérite qu’on s’y penche en détail, car des données soigneusement choisies et présentées de manière fallacieuse concernant certains de ces noyaux sont au cœur du discours de Jacques Balthazart.
Le Point a publié le 17 avril une interview de Jacques Balthazart promouvant son nouveau livre, Quand le cerveau devient masculin
En réponse à son portrait publié dans Le Monde, soutenue par la rédaction de Slate.fr, Peggy Sastre appelle à la rescousse le sociobiologiste américain Robert Trivers. Mon affirmation reprise dans ce portrait, selon laquelle le rapport des longueurs de l’index et de l’annulaire (ratio 2D/4D) « n’est pas un indice fiable de l’androgénisation prénatale », illustre bien selon Trivers le « chauvinisme anti-darwinien » et l’ignorance française. Dommage pour lui et pour elle, cette histoire illustre surtout leurs manipulation et ignorance de la littérature scientifique.
Claudine Junien use depuis deux ans de tout son poids de professeure émérite de génétique et membre de l’Académie nationale de médecine pour diffuser l’idée suivante : la « différence génétique » entre hommes et femmes est égale à 1.5%, une différence selon elle quinze fois plus grande que celle existant en moyenne entre deux hommes, et comparable à celle existant entre le chimpanzé et l’humain. Comme on va le voir, le calcul de ce pourcentage est plus que spécieux dans son principe et complètement erroné dans sa mise en œuvre, et ces deux comparaisons n’ont aucun sens. La mobilisation de cette rhétorique fallacieuse ne peut s’expliquer autrement que par une volonté de défendre à tout prix ce qu’elle appelle « la cause du sexe biologique », ce qui n’est pas sans rappeler certains précédents.
A l’occasion de la journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, un humoriste spécialisé dans la vulgarisation ludique a réalisé une vidéo qui fait un tabac en ligne. Intitulée « L’homosexualité expliquée scientifiquement », elle prétend expliquer pourquoi l’homosexualité n’est ni un choix, ni contagieuse, ni héritable génétiquement. Si l’intention est louable, l’argumentaire mobilisé est déplorable. Un désastre qui m’oblige à prendre la plume toutes affaires cessantes. 



























