Page Covid-19

1) Graphiques de suivi France basés sur les données de Santé Publique France
2) Décès Covid du CépiDc (Inserm) versus de Santé Publique France
3) Décès enregistrés par l’Insee
4) Graphiques de suivi de treize pays

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1) Suivi France – Dernière mise à jour le 26/11/2020 (données au 25/11 soir)
Graphiques basés sur les données de Santé Publique France :
n°1 = flux hospitaliers et décès en valeur absolue (échelle logarithmique),
n°2 = idem en valeurs rapportées aux max de mars-avril (échelle linéaire),
n°3 = encours hospitaliers en valeur absolue (échelle logarithmique),
n°4 = encours hospitaliers et décès en valeurs rapportées aux max de mars-avril (échelle linéaire),
n°5 = estimations du R à partir de plusieurs indicateurs (lissage par moyenne mobile sur 7 jours),
n°5bis = idem sans lissage.

NB :
– la mention “attribué au Covid-19” pour les décès ainsi que les flux et encours d’hospitalisations et de soins critiques traduit le fait qu’il s’agit de ce qui est communiqué par Santé Publique France (SPF) ; compte tenu des modalités concrètes de remontée des informations à SPF, il s’agit d’un reflet imparfait de ce qui est effectivement causé par le Covid-19 ; des décès/hospitalisations/entrées en soins critiques peuvent être comptés même s’ils ne sont pas dus au Covid-19 seulement parce que la personne concernée était porteuse du virus ou présentait les signes cliniques de la maladie, et a contrario d’autres ne sont pas comptés (tous les décès ailleurs qu’en établissement de santé, Ehpad ou EMS, les décès de certaines personnes arrivant en fin de vie à l’hôpital et non testées, ou non enregistrées dans SI-VIC car hospitalisées durant moins de 24h, certains décès non saisis ou non remontés à SPF car l’exhaustivité n’est pas garantie…) ;
– le nb total de décès un jour donné est parfois inférieur au nb de décès à l’hôpital d’une part parce que les deux sources ne sont pas parfaitement synchrones, et d’autre part parce que des décès en Ehpad/EMS ont été annulés a posteriori durant l’été sans que cette annulation soit affectée par SPF au jour concerné ;
– le R réel, qui est le nombre de personnes en moyenne contaminées par une personne infectée, n’est pas directement disponible ; par rapport au R réel, les estimations du R présentées ici sont retardées de quelques jours à deux voire trois semaines selon l’indicateur utilisé pour leur calcul ; elles sont en outre biaisées mais avec des biais différents selon l’indicateur utilisé, d’où l’intérêt d’en observer plusieurs simultanément pour pouvoir mieux apprécier les tendances.







NB : si R = 1.nn, l’indicateur sous-jacent à son calcul augmente de nn % par semaine (ex : 1.3 <=> +30 % par semaine). Si R = 1, il est stable. Si R = 0.nn, il diminue de (100 – nn) % par semaine (ex : 0.8 <=> -20 % par semaine).

2) Décès Covid en France : nombres Santé Publique France vs CépiDc

2.1. Décès Covid de Santé Publique France

Santé Publique France (SPF), établissement public administratif sous tutelle du ministère de la santé, diffuse chaque jour les nombres de décès attribués au Covid-19 qui lui sont communiqués dans le cadre d’une procédure ad hoc par les établissements de santé et les établissements médico-sociaux (EMS). Les décès à domicile ne sont pas communiqués à SPF.

Repris sur un tableau de bord synthétique, ces nombres sont donnés tous les jours pour les décès hospitaliers et par paquets depuis le 1er avril pour ceux survenus en Ehpad et autres EMS (irrégulièrement au début, puis le mardi pendant un temps et plus récemment les mardi et vendredi). Du fait de reports du travail administratif de remontée à SPF des décès hospitaliers, on constate une chute systématique des nombres de décès le samedi et plus encore le dimanche. Il est donc périlleux (ou trompeur) d’interpréter un chiffre quotidien isolé et préférable pour suivre l’évolution de la situation d’utiliser les moyennes mobiles sur sept jours glissants, qui lissent ces irrégularités. Par ailleurs, la date à laquelle un décès est affecté est celle à laquelle il a été inclus dans la synthèse quotidienne faite par SPF et non la date réelle du décès. Ainsi, le nombre de décès déclaré pour un jour donné contient des décès survenus durant plusieurs jours précédents. Plus rarement – cela ne semble avoir concerné que le mois d’août 2020, au cours duquel les données ont été « nettoyées » –, ce nombre peut être réduit par l’annulation d’un décès compté dans le passé mais finalement jugé déclaré à tort.

Les décès hospitaliers attribués au Covid-19 par SPF sont ceux survenus dans un établissement de santé (public ou privé) et tracés comme tels dans le système SI-VIC. Géré par le ministère de la santé, SI-VIC vise à aider les autorités sanitaires à anticiper le nombre de blessés lors d’une situation exceptionnelle susceptible de faire de nombreuses victimes (attentat, gros accident sur la voie publique…) pour organiser leur prise en charge. Les données présentes dans SI-VIC sont saisies directement par les personnels des établissements de santé via un portail web, selon les consignes données par les agences régionales de santé (ARS) qui sont les autorités compétentes en la matière. Les seules consignes de saisie dans SI-VIC données au niveau national ont été celles du Message d’Alerte Rapide Sanitaire (MARS) n°23 daté du 31 mars 2020. Il stipule que les établissements de santé doivent systématiquement saisir dans SI-VIC au titre du Covid-19 les patients hospitalisés présentant soit un test biologique confirmant la présence du SARS-CoV-2, soit un scanner thoracique évocateur du diagnostic de Covid-19. A contrario, l’ARS d’Ile-de-France par exemple a indiqué dans ses consignes que l’enregistrement dans SI-VIC n’était pas nécessaire malgré ces critères si les cliniciens estimaient qu’il s’agissait d’un cas exclu, et que les personnes hospitalisées en psychiatrie, en soins de suite et réadaptation ou en unité de soins de longue durée ne devaient être enregistrées que si elles recevaient des soins spécifiques au Covid-19.

Aucune information médicale n’est gérée dans SI-VIC hormis le type d’hospitalisation du patient (conventionnelle, en soins critiques, en soins de suite et réadaptation ou en psychiatrie). Comme le signale une étude publiée par le Ministère de la santé début octobre 2020, on ne peut distinguer dans SI-VIC les patients hospitalisés pour des formes graves de Covid-19 de ceux admis pour d’autres raisons (opération planifiée, crise d’appendicite, etc.) et qui s’avèrent être également infectés par le SARS-Cov-2. Si l’un de ces derniers décède, il sera ainsi compté par SPF parmi les décès attribués au Covid-19 même si ce n’est pas la cause de son décès. Les autrices de l’étude soulignent qu’avec l’augmentation progressive des capacités de dépistage, ainsi que la reprise progressive des opérations planifiées une fois passé le pic de la première vague, la proportion de patients enregistrés dans SI-VIC pour autre chose que des formes graves de la maladie a pu augmenter au fil du temps entre le 1er mars et le 15 juin 2020, mais sans qu’on puisse quantifier ce phénomène. A contrario, l’exhaustivité des saisies dans SI-VIC n’est pas garantie, les patients admis en fin de vie ne sont pas systématiquement testés ou scannés et les personnes hospitalisées durant moins de 24h ne sont pas enregistrées dans SI-VIC ni celles hospitalisées à domicile. Par conséquent, on ne sait pas dire aujourd’hui dans quelle mesure les défauts de ce système de déclaration donnent une vision biaisée des décès hospitaliers ni même dans quelle direction est ce biais (sous-estimation ou surestimation).

Les décès en Ehpad et autres EMS sont quant à eux remontés via un portail web ad hoc et comptabilisés à part. Suite à la survenue du premier cas et jusqu’à la fin du quatorzième jour d’affilée sans nouveau cas, ces structures sont tenues de signaler à SPF les cas possibles (sur la base du tableau clinique : fièvre, difficultés respiratoires…) et les cas confirmés (test biologique ayant montré l’infection par le SARS-CoV-2) chez leurs résidents et les membres de leur personnel. Durant un tel épisode de Covid-19 dans un établissement, SPF demande de comptabiliser tous les décès pour lesquels il y a une suspicion de Covid-19 même si le patient a fait l’objet d’un test négatif.

2.2. Décès Covid du CépiDc

Le centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc) de l’Inserm a créé une page dédiée à son suivi du Covid-19. Contrairement à l’Insee, qui dispose d’une remontée plus rapide mais très synthétique des décès enregistrés par les mairies, le CépiDc dispose du détail des certificats de décès, y compris la description du processus ayant conduit à la mort faite par le médecin certificateur. Après codage manuel de cette donnée médicale (cause initiale du décès telle que définie par l’OMS et conforme aux recommandations de codage du Covid-19), ce qui prendra plusieurs mois, le CépiDc publiera les nombres définitifs officiels de décès dus au Covid-19. En attendant, le CépiDc met à disposition des données provisoires basées sur les certificats de décès déjà reçus. Au 19 novembre, près de 97 % des certificats de décès attendus (d’après les données de l’Insee) ont été reçus pour la période du 1er mars au 30 juin. Dans ces données provisoires, le CépiDc classe automatiquement en décès “Covid” tout décès dont le certificat contient ce mot ou un équivalent sauf si un terme négatif tel que “non lié” est aussi présent (voir ici l’algorithme et les termes utilisés). Au vu de ce procédé de classement automatique et de la quasi-totalité des remontées pour la période considérée, le nombre provisoire de “décès Covid” indiqué peut à mon sens être considéré comme la borne maximale du véritable nombre de décès dus au Covid-19. Je présente ci-dessous des graphiques mettant en regard ces données avec celles diffusées par Santé Publique France. NB : je ne montre pas le distinguo entre décès à domicile et décès en Ehpad ou maisons de retraite établi par le CépiDc car cette information n’est pas renseignée correctement à l’heure actuelle (des officiers d’état civil indiquent “domicile” dès lors que la personne est décédée dans l’Ehpad ou la maison de retraite dans laquelle elle était domiciliée).

NB : aucune prime n’est versée aux hôpitaux ni aux médecins en cas d’imputation d’un décès au Covid-19. Il s’agit d’une infox concernant d’abord la Belgique lancée fin août sur Facebook, reprise en France mi-septembre par le Dr Peter El Baze sur FranceSoir.fr et quelques jours plus tard au Québec sur Facebook, fermement démentie dans les trois pays.

2.3. Graphiques

3) France : décès enregistrés par l’Insee

Les mairies ont l’obligation légale de remonter au fil de l’eau à l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) les données des actes d’état civil qu’elles dressent, dont ceux de décès. Exceptionnellement pendant la pandémie de Covid-19, l’Insee publie régulièrement sur une page web dédiée des fichiers de décès quotidiens reprenant ces données. Ils contiennent les nombres de décès toutes causes confondues car les causes de décès ne figurent pas dans la remontée faite à l’Insee. A la différence des données de SPF sur la mortalité Covid, les décès sont affectés à la date de leur survenue et non à celle de remontée.

Comme le précise l’onglet « Lisez-moi » des fichiers, les « données les plus récentes sont incomplètes ». En effet, un délai important peut s’écouler entre la survenue d’un décès et son intégration dans la base de l’Insee bien que les mairies les remontent en principe sous sept jours. Lorsque l’Insee publie une synthèse, elle contient les données arrêtées à j-11 et l’Insee ajoute : « Il est important de noter que ces données sont très provisoires et seront révisées à chaque nouvelle publication. Pour autant, l’Insee fait le choix de les mettre à disposition de tous, car elles peuvent permettre de déceler précocement des changements de tendance. » Afin de ne pas risquer de diffuser des statistiques trompeuses (comme certaines personnes le font à dessein), je m’en tiens pour l’instant aux décès survenus avant juillet 2020 et je précise dans la légende de mes graphiques la date de publication du fichier utilisé pour les produire.

La surmortalité observée au cours d’une vague de Covid par rapport à la même période des années précédentes donne une indication de l’ampleur de l’anomalie observable en 2020 mais ne peut être directement considérée comme représentant le bilan en vies de la pandémie. En effet, on ne peut affirmer a priori que la mortalité moyenne passée est égale à celle qu’il y aurait eu sans la pandémie car l’année en cours peut présenter d’autres spécificités (ex : virulence de la grippe saisonnière ; effet de moisson causé par un événement de l’année précédente). De plus, les calculs de ce type ne donnent pas les mêmes résultats selon la période qui est prise comme référence (ex : moyenne des 4 vs 5 dernières années) et l’estimation de la mortalité attendue sur la base de la moyenne passée est biaisée si on ne tient pas compte de l’évolution démographique durant les années concernées. Par ailleurs, la surmortalité calculée inclut des sur- et sous-mortalités indirectes causées par l’épidémie ou par les mesures prises contre elle (ex : moins de morts par accidents de la route grâce au confinement ; plus de morts par accidents cardiovasculaires de personnes n’ayant pas osé aller à l’hôpital) et il n’est pas possible de les départager sur la seule base des données de l’Insee.

NB1 : l’Insee donne les sous-totaux par type de lieu du décès (« Hôpital, clinique privée », « Etablissements pour personnes âgées », « Domicile » ou autre), avertissant que cette information doit être utilisée avec précautions car elle est non renseignée dans de nombreux bulletins de décès. Un autre biais non signalé par l’Insee, bien que d’importance, est le fait que lorsqu’une personne était domiciliée dans un EMS, des officiers d’état civil déclarent (très souvent, selon une enquête de Mediapart) que le décès a eu lieu à domicile. Pour ces raisons, je juge préférable de ne pas utiliser cette donnée.

NB2 : en 2017 en France, le nombre moyen d’années restant à vivre pour une personne ayant atteint 80 ans était de 11 ans pour les femmes et de 9 ans pour les hommes ; cette espérance de vie à 80 ans progresse à un rythme soutenu depuis 1982 (voir www.insee.fr/fr/statistiques/4160025)

4) Suivi de treize pays – dernière mise à jour le 25/11/2020 (données au 24/11 inclus)

Graphiques montrant l’évolution des décès attribués au Covid-19 par les autorités de treize pays. Données sources : celles de dashboard.covid19.data.gouv.fr pour la France (corrigées de quelques anomalies), worldometers pour les autres pays.

n°1 = nb bruts, flux/date, échelle logarithmique
n°2 = nb bruts, cumul/date, échelle logarithmique
n°3 = nb bruts, cumul/date, échelle linéaire
n°4 = nb bruts, flux/cumul, échelle logarithmique
n°5 = nb rapportés à la population, flux/date, échelle linéaire
n°6 = nb rapportés à la population, flux/date, échelle logarithmique
n°7 = nb rapportés à la population, cumul/date, échelle logarithmique
n°8 = nb rapportés à la population, cumul/date, échelle linéaire
n°9 = nb rapportés à la population, flux/cumul, échelle logarithmique
n°10 = nb rapportés à la population, flux/cumul, échelle linaire

NB : Les nombres rapportés à la population sont les nombres bruts divisés par le nombre d’habitants multiplié par le “facteur âge” n°1 calculé ici. Les graphiques en flux (nb de décès par jour) montrent la moyenne mobile sur 7 jours centrée, i.e. valeur de j = moyenne des valeurs de j-3 à j+3 inclus. Voir en bas de page des précisions sur les données utilisées et les choix opérés pour produire ces graphiques.










NOTA BENE

– L’analyse du “vrai” coût en vies de la pandémie faite par exemple dans le NY Times [1] n’est pas correcte car elle suppose que la mortalité moyenne passée est égale à celle qu’il y aurait eu sans la pandémie, ce que rien ne permet d’affirmer a priori et qui est en règle générale inexact. Cette méthode conduit très probablement à une sous-estimation par exemple pour l’Allemagne, la Belgique ou encore la Suède, où la mortalité avant Covid-19 est bien inférieure à cette moyenne. Par ailleurs, les calculs de ce type incluent des sur- et sous-mortalités indirectes causées par l’épidémie ou par les mesures prises contre elle (ex : moins de morts par accidents de la route grâce au confinement ; plus de morts par accidents cardiovasculaires de personnes n’ayant pas osé aller à l’hôpital), ils ne donnent pas les mêmes résultats selon la période qui est prise comme référence (ex : moyenne des 4 vs 5 dernières années), et ils devraient être redressés en tenant compte de l’évolution démographique durant les années concernées (ce qui n’est généralement pas fait). Seule l’analyse fine des certificats de décès enregistrés à l’état civil permettra d’avoir une idée assez précise des décès causés par le Covid-19 : lire à ce sujet ce billet du blog de l’Insee.

– La plupart des pays ne déclarent pas les décès à domicile dans leur décompte quotidien, mais ils sont relativement peu nombreux ; en particulier, l’estimation de 9000 morts à domicile en France diffusée en avril par un syndicat de médecins généralistes était infondée, comme l’a admis le président dudit syndicat (voir mon post FB du 20 mai 2020).

– Le nombre de décès déclaré par la France est celui de Santé Publique France (voir comment il est déterminé dans la partie 2 ci-dessus). La France a déclaré 15 838 décès Covid-19 en Ehpad et autres établissements médico-sociaux (EMS) entre le 1/4 et le 24/11/2020 (31.5 % des décès attribués au Covid-19) sans les ventiler par vrai jour de décès, ce qui crée un creux avant et une montée brutale début avril qui ne sont que des artefacts ; plusieurs dizaines d’annulations de ces déclarations ont été faites depuis août, que j’ai affectées arbitrairement à des dates antérieures contenant des pics afin de ne pas rendre trompeuse la fin de courbe ; le 18/9, 76 décès survenus depuis le 19/7 ont été déclarés en bloc par un hôpital de l’Essonne, que j’ai répartis entre le 20/7 et le 18/9 au prorata des autres décès déclarés sur la période pour ne pas fausser la vision de la dynamique de l’épidémie (ex : 30 décès déclarés le 9/9 = 2.82 % des décès de la période => 0.0282 x 76 = 2.145 décès ajoutés aux 30 pour la journée du 9/9).

– La Belgique déclare les décès à l’hôpital, en Ehpad et EMS de cas confirmés ou suspectés ainsi que ceux à domicile, mais ceux-ci sont très peu nombreux (au 14/6, le cumul des décès à domicile déclarés est de 124) ; le 26/8, historique des décès entièrement révisé, cela avançant de 3 jours l’atteinte du seuil de 25 décès et de 2 jours celui de l’atteinte du 5 pour 10 millions d’habitants x facteur âge.

– L’Allemagne ne déclare que les décès de cas confirmés par un test de laboratoire, or ces tests ne sont pas systématiques [2] ; le président de l’institut Robert-Koch a reconnu que de ce fait, il y avait sans doute plus de décès que déclaré [3].

– Il manque au décompte de l’Espagne l’essentiel des décès survenus en Ehpad et EMS par manque de tests post-mortem systématiques, estimés à environ 12 000 au 23/4 [4] et à “la majorité” des 16 500 décès en Ehpad cumulés à fin avril [3] ; le nombre de décès par Covid-19 non déclarés a été estimé à 16 400 par d’autres méthodes fin juillet [5] ; le 19/6, l’historique depuis le 12/5 a été révisé et le pays a redémarré ses déclarations, stoppées pendant trois semaines ; le 4/11 l’historique a été entièrement revu à partir du 11 mars (+ 1623 décès, soit + 4.5 %) suite à un changement de méthode.

– Le Royaume-Uni a élargi ses déclarations le 29/4 pour inclure les décès hors hôpital, ce qui en a ajouté 3700 et a modifié l’historique (avançant d’un jour le passage du seuil de 25 décès cumulés) ; ce rattrapage est très incomplet car au 1/5, 27 510 décès liés au Covid-19 avaient été déclarés vs 38 333 enregistrés dans le décompte hebdomadaire de l’ONS [6] ; le 18/6, une révision des données du 24/5 au 31/5 a fait disparaître une ondulation aberrante de la courbe ; le 13/8, l’historique a été révisé à la baisse à partir du 1er avril suite à un changement de règle (- 5241 décès au 7/8) qui aboutit très probablement à sous-estimer le nb de décès pour Covid-19. En effet, les décès des personnes intervenant plus de 28 jours après leur premier test PCR positif ne sont plus comptés.

– L’Italie n’a pas déclaré au moins 2500 décès hors hôpital survenus dans la région de Bergame [7] ; le 24/6 l’historique depuis le 15/3 a été révisé (61 décès cumulés en moins, pas d’impact sur le calage des courbes) ; 26/8 : historique révisé à la hausse à partir du 8 mars (+ 154 décès au 7/8).

– La Suède est à ma connaissance le seul pays qui depuis fin juin, s’assure au fil de l’eau de déclarer les décès à leur date de survenue effective : elle a révisé tout son historique le 24/6, ceci avançant de 3 jours le dépassement des 25 décès cumulés et d’un jour celui de 5 pour 10 mh*facteur âge ; de même, les 29 et 30/6, puis les 1, 2, 3, 4, 7, 8, 9, 10/7, etc, l’historique a été révisé (à chaque fois à la hausse) à partir des 28/5, 5, 12, 15, 19, 17, 26, 10, 19, 18/6, etc, respectivement. De ce fait, la fin de sa courbe de flux tend à systématiquement redescendre sur les deux dernières semaines compte tenu du délai important entre la date de survenue et celle de déclaration des décès (voir https://adamaltmejd.se/covid/) avant de finalement remonter après révision ; le 27/10, correction de tout l’historique à partir du 19/4 (31 décès supprimés au passage).

– Aux Etats-Unis, le périmètre des décès inclus varie selon les juridictions ; le 23/4 un grand nb de décès a été ventilé a posteriori sur la période commençant le 14/3, avançant d’un jour le dépassement du seuil de 5 décès pour 10 mh ; idem le 5/6 mais sans incidence sur le calage des courbes ; le 25/6 le New Jersey a déclaré un cumul de 1854 décès par covid-19 “probable” précédemment non déclarés, répartis par Worldometers sur l’historique (modifié à partir du 19/3, sans impact sur le calage) au prorata des décès déjà déclarés ; le 30/6, historique depuis le 10/5 révisé (+ 692 décès hors de la ville déclarés par NY). ; le 14/7 révision à la baisse à partir du 16/4 (-40 morts finalement naturelles selon l’état de Washington) ; 26/8 : historique révisé à la hausse à partir du 22/6 (+ 475 décès au 7/8) ; d’autres légères révisions de l’historique ont été faites fin août, début septembre, courant octobre, et le 3/11 l’historique a été entièrement revu à partir du 20 mars (légèrement à la hausse).

Mexique : le 6 octobre, 2789 décès survenus depuis le début de l’épidémie ont été ajoutés suite à un changement de méthodologie (les décès causés par une maladie ayant la symptomatologie du Covid-19 sont désormais inclus dès lors que la personne a été en contact avec un cas positif, lorsqu’elle n’a pas été elle-même testée). Ces décès supplémentaires ont été affectés à l’historique au prorata par Worldometers, soit une révision des données à partir du 5 avril.

Par ailleurs :
– un choix largement arbitraire doit être fait pour produire les courbes comparatives calées sur un J0 ; pour sa discussion, voir mon post FB du 2 avril 2020 ;
– je n’utilise pas les données de Johns Hopkins University car elles ne sont pas fiables notamment au début de l’épidémie (pas toujours rafraîchies quotidiennement), or les cumuls erronés au début ont un impact sur le calage des courbes (rem : calage des courbes abandonné le 11 novembre 2020) ;
– des explications complémentaires (choix de l’indicateur, choix des pays, échelle logarithmique vs linéaire…) sont disponibles sur mon post FB du 8 septembre 2020.

[1] www.nytimes.com/interactive/2020/04/21/world/coronavirus-missing-deaths.html
[2] www.larecherche.fr/covid-19-coronavirus/compter-les-cas-de-covid-19-dimensions-m%C3%A9thodologique-et-culturelle-de-la
[3] www.lemonde.fr/planete/article/2020/05/02/enquete-sur-les-morts-invisibles-du-covid-19_6038406_3244.html
[4] www.lemonde.fr/international/article/2020/04/23/coronavirus-en-espagne-86-enquetes-ouvertes-dans-des-residences-pour-personnes-agees_6037515_3210.html
[5] https://elpais.com/sociedad/2020-07-25/las-44868-muertes-de-la-pandemia-en-espana.html
[6] https://www.dailymail.co.uk/news/article-8310827/Almost-10-000-care-home-residents-died-coronavirus-UK.html
[7] www.rtbf.be/info/dossier/epidemie-de-coronavirus/detail_coronavirus-en-italie-le-vrai-bilan-serait-de-4500-morts-en-un-mois-a-bergame-et-non-de-2000

“Je ne suis pas complotiste, mais…” : à propos de l’affaire Raoult

Le directeur de recherche en sociologie Laurent Mucchielli a publié sur son blog un texte dénonçant la médiocrité médiatique et les intérêts pharmaceutiques se cachant selon lui « derrière la polémique Raoult ». Ce texte ayant participé à la désinformation et au complotisme délétères provoqués par les déclarations de Didier Raoult, pâtissant d’un fort biais de confirmation et d’une absence de vérification des informations, m’a d’autant moins laissée indifférente que j’y suis citée. Ma réponse à cette mise en cause me donne l’occasion d’exposer les faits qui sont au cœur de ce qu’il convient plutôt d’appeler l’affaire Raoult. Continuer la lecture de « “Je ne suis pas complotiste, mais…” : à propos de l’affaire Raoult »